Numericity




Metal Gear Solid : The Twin Snakes

« I’m not a legend »

Le remake de Metal Gear Solid : The Twin Snakes est, de par sa date de sortie (en 2004, entre les épisodes 2 et 3) et sa mise en comparaison avec l’opus original, un excellent indicateur du chemin parcouru. Un cheminement technologique, assurément, tout comme un nouveau cheminement pour son personnage principal : Solid Snake, une légende à double titre. Une légende dans l’univers du jeu. Solid Snake est perçu comme tel dès le début de l’épisode original, après ses précédentes missions. Il l’est aussi pour les joueurs. Une légende qui s’est bâtie sur deux épisodes : dans l’épisode original sur PlayStation (le héros de Shadow Moses) et sublimée dans l’épisode Metal Gear Solid 2 : Sons Of Liberty (MGS2), en 2002.

Si The Twin Snakes hérite de la jouablilité de MGS2, la plus importante modification tient dans l’ajout des cinématiques, indéniables vecteurs de la légende Solid Snake. Confiées à Ryuhei Kitamura (réalisateur du film Versus : l’ultime guerrier), les nouvelles cinématiques de The Twin Snakes n’étoffent en rien le script initial. Et pour cause, baignées dans la veine esthétisante d’un Matrix, le rajout des cinématiques s’évertue à accentuer le spectaculaire, focalisées sur le personnage de Solid Snake. Héros, donc au dessus des hommes, il défie les règles de la physique et réalise, de manière tenant autant de l’esbrouffe que de l’implacable, l’impossible : un combat improbable contre le ninja, une touchette du pied sur un missile, le lancé d’une grenade en salto arrière, l’esquive de balles...

Sciemment voulu ou non, le remake The Twin Snakes tient plus du récit légendaire, une relecture de l’épisode PlayStation. Une histoire déformée et embellie par l’imagination. The Twin Snakes n’est pas tant la redécouverte anecdotique des aventures de Solid Snake, il est un épisode clé dans la saga Solid parce qu’il est, en quelque sorte, une suite à l’épisode MGS2. Une suite parce que la conception de The Twin Snakes hérite de l’aura de Sons Of Liberty et avec, de l’éclat de la légende Solid Snake. The Twin Snakes, comme une sorte d’aveu, permet de mesurer la transfiguration de Solid Snake et ce, depuis la sortie du l’épisode original ou même plus loin encore, lorsqu’il n’était qu’un bleu dans Metal Gear (1987).

Si l’on peut apprécier un embellissement du premier épisode, cette volonté obsessionnelle d’élever Solid Snake en légende, en surhomme ou super héros, dénature cependant son être. A trop mettre l’emphase sur les exploits qu’il accomplit sur l’île de Shadow Moses, ses créateurs (dont Hideo Kojima) oublient que Solid Snake ne brille pas parce qu’il est un némésis. C’est oublier que si Solid Snake est effectivement une légende vivante, c’est autant pour ses actes que ses prises de positions. L’essence même de Solid Snake est qu’il n’épouse pas la forme dans laquelle on voudrait l’enfermer, ce pour quoi il a été conçu, à l’image, par ailleurs de Kojima qui lui aussi transcende ce à quoi son oeuvre était originellement destinée : divertir. Il est une légende parce qu’il s’est affranchi de sa filiation, de sa génétique, de son destin, au contraire de son frère jumeau, Liquid Snake. C’est le réduire que de lui imposer, comme un pantin, le grand écart entre la grâce d’un danseur et les gesticulations d’un bouffon, alors même qu’il atteindra toute sa splendeur en échappant au contrôle du joueur dans MGS2.

Paradoxalement, un des fondements de la légende de Solid Snake tient du fait qu’il s’est toujours nié comme telle. Issu du projet « les enfants terribles », il cherche sans doute sa part d’humain dans la créature de destruction dont on a voulu faire de lui. Ce que ne fait pas The Twin Snakes. « All heroes I know are either dead... or in prison. One or the other » déclare-t-il dans cet opus. Il ne changera jamais de point de vue, pas même dans Metal Gear Solid 4 : Guns Of Patriots : « I’m no hero. Never was. Never will be. »


Numerimaniac

- Publié le 23/08/2008 -

| Vous devez être connecté pour réagir forum | Voir les images de l’article diaporama | Haut de page haut de page |