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Chronique d’un voyageur #4 :

Tokyo, un univers


Tokyo fut mon nid pendant un mois. Je n’avais cesse de vouloir quitter cette ville pour pouvoir aller voyager ailleurs sur l’île de Honshu, toujours à essayer de découvrir le pays. Tokyo est une mégalopole qui compte entre vingt-huit et trente-cinq millions d’habitants. De par son statut de ville mondiale, elle est peu recommandée pour découvrir le Japon. Elle connaît même beaucoup de critiques. Familier avec des espaces plus « naturels », ma première semaine à Tokyo fut pour le moins déroutante. Mais c’est en sortant de mes cours, à la faveur de la nuit qu’elle se laissa apprivoiser. Et elle me conquit.


Elle m’intimida pendant une semaine environ. Bruyante, rapide, vaste, excentrique. Tout s’entremêle : rues, voies ferrées, tours, voitures, foule. Un fort sentiment d’excitation se conjuguait mal avec mes craintes à sortir, à me lancer dans ce labyrinthe. Heureusement, mes obligations me forcèrent à ne pas jouer la carte de la prudence. Les premières balades furent vertigineuses. Au sortir d’une station de métro, impossible de savoir où j’étais. Je cherchais en vain des repères, mais je ne pouvais voir que des signes, qui eux, se comptaient en milliers. Enseignes, panneaux, lumières : mes yeux se confrontaient à un capharnaüm visuel.
Mon premier contact avec Tokyo pourrait s’apparenter à un saut en parachute. Un premier temps, j’avais retenu ma respiration et j’avais à peine osé ouvrir un oeil. Puis quand, enfin, je décidai de voir la ville, ce que je vis de là où je me tenais n’était pas une ville, ni même une mégalopole, mais un univers.

Parcourir Tokyo comme je pus avoir la chance de le faire devint soudainement enivrant. Il n’existe pas de centre à proprement parler. Chaque quartier est un petit microcosme. Nous connaissons bien évidemment les plus célèbres, traversés par la fameuse Yamanote-sen : Ikebukuro, Ueno, Tokyo, Shibuya ou encore Shinjuku, sans oublier d’autres quartiers à peine plus loin comme Akihabara, Shimbashi, Asakusa, Roppongi etc.
Chaque quartier se télescope à un autre. Par exemple, à la gare de Shinjuku, en empruntant la sortie Ouest, je débouchais sur le nouveau quartier d’affaire et sa nouvelle mairie aux allures de cathédrale. Du côté de la sortie Est, j’étais propulsé dans un quartier populaire avec non loin, le Kabuki-chô, quartier auquel on prête les définitions les plus sulfureuses. A quelques centaines de mètres, je voyais deux mondes diamétralement opposés.

Pour autant, si je m’abandonnais souvent à arpenter les lieux célèbres, j’éprouvais également un plaisir à me perdre dans d’autres quartiers (sans spécialement partir très loin), à marcher anonymement dans des sortes de petites villes qui me paraissaient autonomes de ces grands centres et où le rythme de vie semblait plus posé. Enfin, dans tous les quartiers, grands ou petits, il m’était toujours possible de trouver un recoin, une rue perdue entre deux bâtiments pour découvrir sur à peine quelques dizaines de mètres un visage différent de ce qui m’était proposé de voir avant.
Tokyo est un dédale. Mis à part les grandes artères, les rues sont sinueuses. Et dans ces petits cocons de désordre bien établis, je pouvais deviner des petits villages s’organiser, s’efforçant à garder leur anonymat pour garder leur entière intimité. Ils délivrent leur charme à l’étranger quand celui-ci à la chance de s’y trouver au crépuscule. Kyoto voyage japon


En effet,le jour, la ville est étouffante de chaleur. Perdu, sans repère,il m’arrivait souvent à ne différencier que des teintes de gris. Qui plus est, le rythme implacable de la circulation, piétonne ou motorisée, rendait Tokyo sans cesse mouvante, insaisissable. En dehors des petits havres cachés, tout dans Tokyo, bouge, change. Même les quartiers se transforment sans cesse. Rien ne semble permanent.

Mais le soir venu, une nouvelle affluence envahit la ville. Personne ne rentre chez soi. Les hommes vont boire avec leurs collègues de travail. Les gris s’estompent et les enseignes lumineuses occupent de plus en plus notre espace visuel. Ribambelles alignées, nous pourrions les confondre avec de grandes parades festives. La monotonie journalière se brise sur les couleurs vives de la nuit. La vie semble se passer dehors, dans les très nombreux petits restaurants de proximité ou dans ces chaînes proposant de la cuisine pour la rue : la street-food, paraît-il très développée à Osaka.

Avec ce changement d’ambiance, le rythme de la ville se transforme. Libérée par le soir, la rue semble n’être plus qu’un simple espace de transit, mais pour certains japonais, un but en soi. J’en veux pour preuve ce délicieux moment, où, perdu dans je ne sais plus quel quartier, sous un pont, des petits bars avaient ouverts leurs portes et proposaient même une sorte de terrasse couverte grâce à l’infrastructure. J’y avais reconnu là des gens heureux qui riaient, s’amusaient, profitaient de la douceur de la nuit en buvant diverses boissons alcoolisées. Au dessus d’eux, une autoroute. Autour d’eux, une route et des gratte-ciels. Là encore, je venais de traverser un tout petit univers. Quelques pas plus loin, j’étais déjà ailleurs. Alors je m’étais retourné pour prendre un cliché.

Tokyo est sans doute indéfinissable. Comme beaucoup, je crois que j’échouerais toujours à vouloir la figer avec mes mots. Je la qualifie de ville univers parce que rien ne semble la définir dans sa globalité. Tokyo réunit aussi bien l’infiniment grand que l’infiniment petit. Et chaque quartier est une petite galaxie où la nuit tombée, les lumières seraient comme des nébuleuses. Elle est son envers et son endroit, vous propose de multiples visages et multiples échelles tout à la fois. Bref, une ville bien singulière...


Numerimaniac

- Publié le 30/07/2009 -

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