Numericity




Boulevard de la Mort (Death proof)

Muscle cars

En regardant le film de Quentin Tarantino, Boulevard de la Mort, et en faisant ici abstraction des qualités de sa dernière oeuvre, on peut remarquer cet amour des automobiles, pas n’importe lequel, celui de ces voitures américaines conçues autant pour les performances mécaniques que pour le style : les Muscle Cars.

Ces voitures larges, imposantes, aux designs agressifs et imposants, dont le cliché veut qu’elles traversent moteur hurlant les grandes étendues désertiques de la route 66.

Ces voitures, objets de fantasmes et de frime : vastes aérations, bandes noires ou rouges, jantes clinquantes sans oublier le bruit, une mélodie pour les connaisseurs. Ces bolides ne sont pas faits pour se rendre quelque part, ils sont faits pour rouler n’importe où et surtout nul part. Conduire dans le seul but d’atteindre l’émoi du conducteur, devenu pilote pour son éclair chevauchée sauvage.

C’est en regardant ce film que m’est revenu de manière inattendue une expérience vidéo ludique. Elle est d’autant plus surprenante qu’elle prend place dans le jeu Gran Turismo 2 sur PlayStation. En effet, le jeu propose, avec une lointaine allure de RPG (Role Playing Game ou jeu de rôle) de remporter des permis comme autant de passages de niveau puis d’acquérir comme armes des voitures afin de remporter des victoires sur des circuits, comme des quêtes menant à des récompenses variées. Mais une fois réussit le jeu, il ne me restait plus rien à accomplir. Ainsi, la quête de puissance, où mon attention était absorbée par les caractéristiques techniques et quelques possibilités de custom (pourtant peu nombreuses par rapport aux jeux actuels) s’estompe. Je me mis à regarder les voitures et plus précisément le quartier américain (quartier sud) que j’évitais plutôt jusqu’alors, tant il était facile de gagner avec les surpuissantes voitures quatre roues motrices des grands garages nippons.

Pourtant insatiable d’expériences, je basculais progressivement dans un nouvel univers allant de pair avec une nouvelle recherche. Ici, la voiture n’est plus un moyen, mais une fin. J’appréciais les styles, comparais les puissances d’origine, regardais les années de fabrication. Enfin, je délaissais les voitures aux couleurs criardes et aux aplats de sponsors ostentatoires pour me focaliser sur les lignes tantôt profilées tantôt agressives mais toujours d’une conception inimitable. Plus charismatiques les unes que les autres et parce que je ne savais plus quoi faire des crédits qui s’accumulaient, je tombais soudain dans l’envie de collection, où je me réjouissais de posséder ces fameuses et opulentes Muscle Cars, non plus simples voitures mais rares millésimes. Je m’enorgueillissais de posséder ces légendes dont les noms évoquent même aux novices des sensations viscérales : Corvette 427 Stingray’69, Plymouth Muscle Car, Shelby G.T. 350’66, Dodge Charger’71, Ford Mercury Cougar’67 Xr-7 etc...

Sur les circuits, j’apprenais à dompter les capricieuses. J’apprenais à les connaître, à jouer avec précaution des commandes pour mieux sortir à fond d’un virage sans survirer ou à actionner la vue miroir afin de contempler un capot sous lequel se dissimulait une virtuelle machinerie en action. Qu’importait la victoire, qu’importait de terminer dans le haut du classement, le plaisir était ailleurs, au point de le prendre sur les circuits de tests, de m’étonner et de comparer les performances de voitures d’une quarantaine d’années aujourd’hui, sur l’ovale, le 400 ou 1000 mètres.

J’aimais entendre (avec une imagination certaine pour l’époque) l’orfèvrerie mécanique cracher par ses cylindres chaque explosion, entretenir avec la route un rapport de force, la vaincre, la dévorer.


Numerimaniac

- Publié le 05/07/2008 -

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